Warning: array_shift() expects parameter 1 to be array, boolean given in /htdocs/public/www/config/ecran_securite.php on line 283 Cézallier: le patrimoine de la vallée de la Sianne en Auvergne (Cantal/Haute-Loire)
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    La plupart des moulins taient construits l’cart de la Sianne ou de ses affluents, ils captaient l’eau par un bief d’amont. L’nergie hydraulique mettait en oeuvre les (...)

  • ELEVAGES COMPLEMENTAIRES

    Les loges porcs

    Indpendantes ou attenantes au buron ou au vdlat, les loges porcs spares en plusieurs compartiments indpendants taient de vritables petites maisons difies avec soin, toujours bien (...)

  • SALLE COMMUNE

    Pole et cuisinire remplacent le cantou (4)

    L’arrive du pole la fin du 19me sicle qu’on ne cherchait nullement camoufler pris place dans le cantou ou devant celui-ci. Plus tard il sera supplant par le fourneau et (...)

  • SALLE COMMUNE

    Le cantou, l’espace des vieux (3)

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    La tablette du cantou (2)

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Patrimoine Les Activités
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Le travail agricole

INVENTAIRE 1950
La ferme de "Chez Patira" au hameau du Lac de Vze
La ferme de

Denis voque avec prcision la ferme familiale dans laquelle il a pass toute sa jeunesse au hameau du Lac sur la commune de Vze, une construction traditionnelle auvergnate dite ferme-bloc en hauteur, c’est--dire avec un tage d’habitation. Avec minutie il passe en revue tout ce qui faisait la vie dans une ferme vers 1950. Inventaire pour raviver la mmoire sur les parties constituantes d’une exploitation agricole autrefois.

La ferme-bloc : un seul btiment pour les btes et les gens

1) Positionnement de la ferme-bloc en hauteur

a) Exposition :Faade l’est au soleil levant.

b) A mi-pente sur le versant : pturages plus haut (12), prs de fauche plus bas (11), champ cultiv proximit du village (13)

c) A 300 mtres du village, ce qui explique sa ncessaire autonomie : four pain et source (7)

d) A proximit d’un chemin de desserte A

e) Sur un lger faux-plat.

f) Ruines (14) d’une ancienne ferme antrieure celle-ci

g) Haute haie de frnes(15) et de noisetiers(17) parseme de quelques ormes (16) et cerisiers sauvages (guignes) (18).


2) Diffrentes dessertes de la ferme

a) Chemin vicinal du Lac Vze, dit chemin du Moulin (un moulin existait aufranchissement du ruisseau du Lac.)

b) Chemins desservant les prs en contrebas, vers la rivire

c) Chemin desservant les ptures situes sur le haut du versant

d) Monte de la grange

e) Entre de l’table

f) Accs au tas de fumier

g) Accs l’abreuvoir

3) Annexes

1) Rserve de bois de chauffage

2) Stockage du fumier pendant les mois d’hiver

3) Jardins sur le devant : primeurs : salades, petits pois, carottes, persil, radis...jardin sur le derrire du btiment : lgumes plus tardifs :haricots, navet, choux, pommes de terre.. .

4) Ruche

5) Abreuvoir en bois :utilis matin et soir en hiver

6) Baquet pour rincer la lessive

7) Source

8) Cour pave

9) Enclos o dormaient les boeufs en t

10) Enclos o taient enferms les cochons pendant la journe en t.

Structure d’ensemble du btiment

1) Dimensions extrieures

Longueur de faade : 22,50 mtres.(18,5 + 4 ) Hauteur de faade : 5,50 mtres. Largeur de pignon : 10 mtres. Hauteur centrale du pignon : 11 mtres. Mur arrire aux trois-quart enterr.

2) Les diffrentes pices

a) La salle commune:8m. X 4,5 m. b)Le salon ou la chambre:4,5 m. X 2,5 m c)La cave:2,5 m. X 3m. d)Le four:3m. x 3 m. e)Le passage:3,5 m. X 2,5 m. f)L’table:8m. X 9,5 m. g)La grange:8,5 m. X 21 m.

3) Les sols 

Plancher(20) sur poutres(21) s’appuyant sur les murs pour la partie habitation. Dallage en pierres plates(22) devant la partie chemine de la salle commune et sur leseuil..

Double plafond en bois(23) pour la salle commune et le salon.Dallage en petits pavs ronds ou « pis »(24) pour la partie table. Plancher de la grange sur grosses poutres (50 cm d’paisseur)(25) en sapins s’appuyant sur les murs avant et arrire. Plancher plus pais l’entre formant le « so ».(26)

4) Les murs

Du rez-de-chausse en pierres, btis l’extrieur et l’intrieur avec remplissage entreles deux, environ un mtre d’paisseur. De la grange, allant en s’amenuisant vers le haut. Le mur arrire presque entirement enterr.

5) Le toit

S’appuie sur des sries de deux poutres(30) en opposition, relies par deux traverses (31) deux mtres du sommet, cales sur les murs avec deux pices en bois (32) et en appuis sur des corbeaux (37) en pierre. Les poutres sont recouvertes par la douelle(33) (planches de 2 cm d’paisseur). Les lauzes (34) de plusieurs cm d’paisseur, sont fixes sur la douelle avec des chevilles en bois (35). Des fatires en pierre (36) recouvrent le fatage.

6) Les ouvertures

Les ouvertures sont en pierres de taille.La porte de l’table est cintre avec une clef de vote.Les fentres de l’tage donnant sur la grange ont t construites initialement, bien qu’il n’y ait pas de chambres. La porte de la maison est surmonte d’une pierre o est crit en relief l’anne de construction

Les parties de la salle commune :alcve , armoires, entourage de chemine, fausse chemine et entourage de la chambre ont t raliss en panneaux de chne par Monsieur Jarry (pre) menuisier Vze.


Pour les gens

A) Salle commune

Salle vivre la fois cuisine, salle manger, salon, salle de bains et chambre.

1) Alcves*

2) Armoire penderie*

3) Horloge centrale*

4) Marche ou parfois coffre devant le lit

5) Armoire nourriture. (petite armoire)*

6) Placard au dessus de l’accs la cave*

7) Chemine en partie dans le mur, surmonte et encadre de panneaux de bois*. Sol en grande pierres plates.

8) Cuisinire bois. Sous la chemine en t, avance en hiver. Faisant fonction de plaque dessus, avec four et production d’eau chaude(bouilloire latrale.

9)Armoire vaisselle et nourriture*

10) Evier en pierre avec vacuation extrieure directe, donnant sur la fentre.

11) Niches

12) Buffet avec vaisselle et papiers en haut et vtements en bas.

13) Table

14) Tiroir pain et fromage

15) Tiroir couture et tricot

16) Bancs

17) Table avec rchaud ptrole pour le caf du matin.

B Chambre ou « salon »

Cette pice portait le nom de salon car dans certaines fermes elle pouvait tre amnage pour permettre aux « patrons » de recevoir les gens de la « haute.

1) Lits

2) Armoire

3) Fausse chemine surmonte d’un miroir* 4) Cloison en bois, avec soubassements en panneaux de chne*

C Cave

Pice avec une vote en pierres et une petite ouverture plein nord, donc trs frache, faisant fonction de rserve de nourriture et de laiterie.

1) Tonneau de vin

2) Saloir en grs pour le cochon

3) Rserve de pommes de terre

4) Ecrmeuse

5) Jatte crme

6) Baratte beurre

7) Planche suspendue pour le fromage

8) Baquet pour le petit lait distribu aux cochons

D Four 

Pice vote dans le prolongement de la cave. La ferme tait dote d’un four car elle tait un peu loigne de village et donc du four communal ou « banal ».

1 ) Fournil rond en briques rfractaires

2) Porte et dgagement des fumes

3) Dgagement permettant aussi de stocker les fagots de bois (branches de frne sches dont la feuille avait t mange par les vaches donnant du lait et les outils (pelle enfourner et racloir braises).

E Le passage ou « l’escouradou ».

Pice permettant de passer directement de la salle commune l’table et servant aussi de dbarras ou au stockage de certain produits : grain ou pommes de terre

1) Sacs de grain pour les poules. 2) Grain en vrac pouvant tre cras pour les cochons. 3) Penderie pour vtement de pluie ou de travail (tablier en toile pour traire, canadienne, bottes...)


Pour les animaux

L’table

Lieu de vie de tous les animaux pendant la priode hivernale.

a) Les animaux d’attelage :boeufs ou vaches

b) Les vaches laitires

c) Les gnisses (2 ans)

d) Les veaux ns pendant 1 ’hiver. 1) Mangeoires ou crches avec trappes permettant de donner le foin directement de la grange. 2) Lit en pav ou « pis ». 3) Rigole en pavs permettant l’vacuation du fumier et du purin.

e) Les cochons 1)Auge en pierre. 2)Lit en planches pour tre au sec. 3)Sol de la soue en pavs.

f) Les poules

Le perchoir compos de lattes en bois cloues sur deux poutres voisines du plafond. 2) Les pondoirs : caisses en bois accroches au mur contenant le « nira » oeuf laiss en permanence dans la caisse.

g) Les lapins : Dans le clapier ou les cages amnages sous l’escalier permettant l’accs la grange.


G )La Grange

Recouvrant l’table et la partie d’habitation ,elle servait en premier pour le stockage de la nourriture du btail :

1) Le foin sec tass en vrac partir du plancher et recoup la fin de la fenaison pour former la « mouta ».

2) Au dessus : a)Le regain coup plus tard et donn aux vaches en hiver. b) La feuille de frne en fagots secs pour les vaches et les lapins. c) La paille pour la litire.

3) La partie dgage l’entre, ou le « so » permettait le stockage du matriel : a) La charrette foin. b) Le tombereau fumier.c) La charrue et la herse.

C’tait aussi l’endroit o l’on prparait, la main, les bottes de foin distribues ensuite aux animaux et o l’on battait le bl au flau ou la roue, o l’on vannait le grain avec le vannoir ou « ventadou »

L’exploitation

1) Exposition sur versant nord du ruisseau du Lac.

2) Superficie : 35 ha dont 10 hectares de prs souvent en pente.« Dprimage » au printemps en mai.Fenaison en juillet et Aot. Rcolte du regain ou pturage d’automne.

2 ha de champs : Pommes de terre pour les gens et l’engraissement des cochons. Avoine et orge pour les volailles. Bl « russe » ou seigle, pour la paille.

23 ha de pture:3 ha pour les boeufs ou les vaches d’attelage, proximit du village.6 ha pour l’estive des vaches laitires proximit d’un point d’eau.14 ha de « montagne » pour l’estive des bourrettes femelles de 1 an 2 ans.

Bois essentiellement fourni par les haies de frnes, de htres et de noisetiers

3) Cheptel : 2 boeufs d’attelage principal moyen de traction.6 vaches laitires. 6 bourrettes. 6 veaux, 2 fois 3 cochons. 30 bourrettes prises l’estive, de mai octobre, la montagne.

4) Matriel

Tir par l’attelage : boeufs lis par un joug avec les lanires en cuir (les « juilles ») Charrette ou char pour le transport du foin, de la paille, du bois...Tombereau pour le transport du fumier, des pommes de terre...Charrue ou brabant, herse...Dmousseuse. . .

Outils manuels : Faux, rteau, fourche... pour la fenaison. Coupe-foin... pour dbiter le foin en hiver. Faucille, « liadou », flau, vanoir... pour la moisson et le battage. Pelle, rcloir et balai en htre ou bouleau... pour nettoyer l’table en hiver. Bche, binette, pioche, houe... pour le jardin et les champs. Hache, passe-partout, coin, masse... pour le bois

Outils pour la transformation du lait : Selle un pied, corne sel, seaux, tablier en toile... pour la traite. Seaux ports avec un joug, bidon bretelles... pour le transport. Ecrmeuse, baratte beurre, jatte en grs, moule beurre... pour la fabrication du beurre.

Les occupants de la ferme en 1950

Famille : pre, mre, un enfant. Un berger pour la surveillance des bourettes en t. Un ouvrier agricole environ 15 jours pendant la fenaison.


Situation du hameau du Lac

Le hameau du Lac est situ sur un faux-plat, au pied de la coule basaltique "la Roche du Lac (volcan).Il possde une source importante au pied du rocher. Les habitations sont principalement des fermes.Il n’y a pas de commerce. La ferme que nous dcrivons est environ 200 mtres du centre du hameau

On accdait au hameau par des chemins creux pour charrettes, qui taient entretenus lors des « prestations »servitudes dues par chaque foyer.( 3 ou 4 jours de travail par an) Ces chemins dservaient le hameau mais aussi de dessertes des prs et des champs. Quelques sentiers travers prs pour les pitons existaient galement.. La route la plus proche tait 30 minutes environ pied ou en charrette.

Communications

Dans les annes de mon enfance, aucun habitant du village n’avait le tlphone. La cabine tlphonique se trouvait au bourg de Vze/ Pour tre prvenu de l’extrieur, la « Maria », responsable de la cabine de Vze, faisait passer le message ou apporter le tlgramme ds que possible. Le facteur venait au Lac tous les jours pied ou vlo, mais seulement tous les deux jours en hiver en cas de fortes chutes de neige et skis. L’essentiel du courrier tait constitu par le journal "La Montagne".

Confort

3 4 ampoules par habitation (une par pice : salle commune, salon, table, grange,) une ou deux prises par habitation. L’lectricit tait vraiment sommaire. Les toilettes et la salle de bains n’inexistaient pas encore. On se chauffait au bois : bois des haies de la proprit, frnes et noisetiers exploit individuellement par chaque famille.

Le garde champtre grait la coupe du village partage en trente lots annuels. Chaque lot couvrant le versant de la rivire aux prs ou champs situs sur la partie suprieure, tait desservi par trois chemins : un le long de la rivire, un mi pente, un sur la partie haute de la fort. Un passage tous les 30 ans permet l’abattage de chnes et de htres ayant entre 60 et 90 ans.

Les arbres du lot annuel marqus par le garde champtre et abattus et prpars en commun par les hommes du village. Le lot annuel tait partag en autant de lots individuels que de foyers existant au village. Chaque lot individuel tait tir au sort et exploit par chaque famille

L’eau

Une source commune au village avec un petit rservoir permettait de tirer l’eau pour la « maison ». Le trop plein remplissait l’abreuvoir commun toutes les fermes. Le trop plein de l’abreuvoir remplissait le lavoir ou chaque famille venait rincer son linge. Le trop plein du lavoir traversait le « couderc » (place herbeuse et commune du village) et s’coulait vers les prs en pente sous le village.

La ferme de Patira, l’cart du village, disposait d’une source individuelle sortant de terre, avec abreuvoir et baquet pour la lessive. 

Vie communautaire

Les travaux taient faits en commun. Il s’agissait essentiellemnt del’entretien des chemins (prestations) et de l’ouverture de ceux-ci au printemps (couper la neige et la dgager dans les chemins creux)ainsi que la prparation de la coupe. Les changes de services faisaient partie de la vie communautaire : le prt d’attelages de boeufs pour la sortie du bois, la journe de fauche, « bouade » avec la participation gratuite des voisins pour le fauchage d’un pr particulirement pnible.

Les savoir-faire de chacun assuraient une division des tches : un seul agriculteur ferrait les animaux d’attelage du village, un autre tuait et dcoupait le cochon dans les diffrentes fermes. Une personne assurait les piqres car il n’y avait pas d’infirmier sur place.Elle mettait disposition ses « dons » pour soigner les mammites des vaches ou lever les entorses ou les brlures.

Lors des veilles tournantes entre deux ou trois familles les hommes jouaient aux cartes, , tricots et causette pour les femmes autour du pole, jeux pour les enfants. Le tout se terminant par un petit encas autour de minuit.

Le premier janvier, aprs le travail du matin, les familles se rendaient chez leurs voisins pour souhaiter la bonne anne, trinquer l’an nouveau et boire la goutte.

Quant aux disputes, elles taient souvent dues aux btes qui brisaient les cltures et mangeaient l’herbe du voisin, ou bien la mauvaise langue de certaines personnes. Elles s’estompaient en gnral avec l’hiver pour disparatre au premier janvier.

Solidarit et reconnaissance

Une personne blesse (fracture de la jambe par exemple tait ramene pied sur un brancard par les hommes du village.(3 km.) Les hospitalisations en plein hiver runissaient les hommes du village pour transporter les malades en traneau jusqu’ la route (3 km.) De l, ils pouvaient tre emmens en voiture Allanche. Les morts du village taient ports en terre par quatre hommes du village alors que quatre femmes portaient le drap des morts qui prcdait le cercueil.

Inventaire et dessins : Denis Hermet

CHASTRES/TEMOIGNAGE
Du labour aux semailles
Du labour aux semailles

La priode des labours et des semis mettait contribution, attelages et bouviers, pendant une quinzaine de jours, pour des travaux trs denses et soutenus. Animaux et hommes se connaissaient trs bien et collaboraient la mme rude et lourde tche. En attendant l’t et de belles moissons.

Pendant la priode hivernale, chaque jour, aprs le nettoyage de l’table, deux ou trois tombereaux de fumier taient dverss dans les champs sous forme de « bourdiraux » (petits tas espacs de quelques mtres) rpartis sur l’ensemble des champs.
Avec la fonte des neiges et le soleil printanier, les bouviers, munis d’une fourche quatre dents, le « fourchas », talaient, (on disait cartaient), tours de bras le fumier qui, peu peu, allait imprgner le sol jusqu’au moment des labours (1).

La priode des labours et des semis mettait contribution, attelages et bouviers, pendant une quinzaine de jours, pour des travaux trs denses.
Les boeufs, certes moins rapides que les chevaux, mais plus puissants, tiraient longueur de journe, le lourds brabants deux versoirs. Ils obissaient, sans problme la voix du laboureur muni d’un aiguillon qu’il utilisait trs peu. Animaux et hommes se connaissaient trs bien et collaboraient la mme rude et lourde tche.

L’homme, les poings serrs sur les mancherons du brabant, guidait l’outil pour que le sillon soit le plus rgulier et le plus droit possible. Les boeufs avanaient d’un pas rgulier et puissant. Le couteau fendait la terre, le soc s’enfonait et la soulevait, le versoir continuait l’ouvrage en la retournant sur le sillon prcdent.
Arriv en bordure du champ, l’attelage faisait demi tour la voix, tandis que l’homme soulevait l’arrire du brabant et faisait pivoter les versoirs pour reprendre le sillon en sens inverse. Aprs une dizaine de jours, grce un rythme soutenu, les labours taient termins.

La herse, plus lgre que le brabant, tire par les chevaux plus rapides que les boeufs, finissait d’mietter les mottes de terre et rendait la surface du champ meuble et plane pour recevoir les semis.
Le semeur, balisait alors le champ en « sillous », bandes parallles de quelques mtres de large, limites par des poignes de paille alignes, plantes dans la terre meuble. Les sacs de semence trie aprs le battage et conserve au grenier pendant l’hiver, taient alors amens l’entre du champ.
Le semeur remplissait son « samenou » (sac en toile ou en paille tresse) port en bandouiller, tenu ouvert par une main, alors que de l’autre, du geste auguste, il lanait le grain la vole sur toute la largeur du « sillou », parcourant le champ pas mesurs et rguliers.
Le semis termin, un second hersage enfouissait les grains dans la terre meuble. Le roulage terminait le travail, fixant encore les grains la terre et rendait la surface du champ encore plus plane.

Les bls levaient alors : les champs reverdissaient. Mais parfois, avec eux, les « chouchides », (chardons tendres et piquants) envahissaient les champs. Travail supplmentaire pour les bouviers, qui le « fessous » la main, parcouraient les champs pour arracher une une, les mauvaises plantes envahissantes.

L’agriculteur s’en remettait alors au temps, aujourd’hui, on dirait la mto, attendant que le bl pousse de son plein gr, sans traitement et sans engrais. Il attendait que ses bls tournent, passant du vert au blond, pour prparer la moisson.

Denis Hermet

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1) Souvenirs du travail agricole dans les annes 1950 au hameau de Chastre, dominant la valle de la Sianne, aujourd’hui commune d’Allanche

VEZE/TEMOIGNAGE
Moisson la faucille
Moisson  la faucille

Avec le mois d’aot, les bls « tournaient » peu peu. La blondeur des champs remplaait leur vert ple qui s’tait dj dgag du vert plus soutenu des ptures et des regains. Environ la moiti des surfaces exploites blondissaient peu peu avec la fin de l’t. Voici venu le temps des moissons.

« Au village de Vze, la famille Magne, le pre, petit et fluet et reconnaissable son chapeau de feutre, le fils, grand et filiforme sous la casquette petits carreaux, commenaient la moisson de leur seigle ou bl russe ds leur maturit.
Ils possdaient trois petits champs mi pente sur le versant sud du ruisseau du Lac. Les vaches ramenes au pturage aprs la traite, le lait dpos la laiterie, ils quittaient le village pour gagner leur champ, avec comme seuls outils, la faucille et le « liadou », bton pointu pour lier les gerbes

Arrivs sur les lieux, ils tombaient la veste et commenaient la moisson. Plis en deux, ils saisissaient successivement pleine main une touffe de bl qu’ils tranchaient d’un coup de faucille quelques centimtres du sol. Ils amassaient ainsi plusieurs touffes contre leur genou.
Ds que le tas tait assez important pour faire une gerbe, ils le posaient sur le sol en prenant bien soin d’aligner le cul de la « javelle » et de ne pas trop briser les longues pailles de seigle. A midi, la coupe du bl tait termine, le champ tait recouvert de javelles bien alignes.
Une autre solution consistait utiliser la faux quipe d’un rteau. Chaque coup de faux ramenait la paille coupe et la dposait unie dans l’andin bien rgulier. L’andin tait ainsi form d’une succession de touffes de paille dposes les unes la suite des autres. Dans ce cas, il fallait intervenir une deuxime fois pour former les javelles, en rassemblant et alignant plusieurs touffes de paille ramenes par la faux.

Le repas tait pris la maison. Si le champ n’tait pas trop loin, le panier tait apport par les femmes. Le casse-crote, arros d’un vin tir au tonneau, se droulait l’ombre d’un chne ou d’un htre bordant le champ. Une sieste assez brve permettait de rcuprer avant de se remettre l’ouvrage.

LE BATTAGE A L’ANCIENNE

A l’arrire saison, les jours de pluie taient rservs au battage. Sur le sau, on installait l’ne, sorte de courte chelle, trs large, avec des barreaux allongs. Chaque batteur, saisissait alors une gerbe, une main au lien et l’autre tenant une poigne de paille au cul de la gerbe et frappait la tte contenant les pis, contre les barreaux de l’ne. Les grains mrs crpitaient sur le sol, au milieu des pis clats et des balles (premire enveloppe du grain).
Chaque gerbe battue, tait ouverte, les pailles casses enleves, et reformes en petites gerbes d’une dizaine de centimtres de diamtre : les cleus taient prts. Les grains et les balles tombs au sol, taient passs au vannoir ou ventadou. Le vent produit par l’ailette emportait les balles et restes d’pis, tandis que le grain plus lourd traversait le tamis et s’coulait lentement dans le sac. Une partie tait rserve pour les prochains semis, l’autre servait de nourriture aux animaux.

Le printemps revenu, le pre Magne et son fils montaient sur le toit et dchaumaient une bande de deux ou trois mtres de large, de haut en bas de la toiture. Ensuite ils commenaient la couverture, disposant les « cleus cte cte, bien serrs les uns contre les autres, les liant aux barres transversales cloues sur les poutres.
A mesure qu’ils montaient, ils galisaient bien le chaume l’aide d’une planche crnele faisant fonction de taloche. Arrivs au fate, ils liaient plusieurs cleus ensemble et les retournaient cheval sur les deux versant du toit. Le soir, une partie nouvelle recouvrait la chaumire. Le toit, se divisait alors en bandes verticales allant du brun fonc pour les plus anciennes, au jaune paille pour les dernires.

Aucun achat n’avait t ncessaire, aucune entreprise extrieure n’tait intervenue, aucune taxe n’avait t prleve. L’agriculteur polyvalent, tour tour laboureur, semeur, moissonneur, transporteur, batteur, et chaumier, avait donn toute la force et son intelligence pratique pour renouveler son toit.

Denis Hermet

LE TEMPS DE L’ETE
Le plangeou ou l’art de former les meules de foin
Le plangeou ou l’art de former les meules de foin

Former les gerbes de foin et les rassembler avant de les engranger procdaient d’une technique traditionnelle avant le temps de la mcanisation. Aprs une journe de coupe, le champ pouvait tre recouvert d’une vingtaine de « plangeou », grosses meules de paille termines en pointe comme une norme cloche.


« Dans un premier temps, chacun prenait sa range de javelles. Debout, chaque moissonneur prparait d’abord son lien en prenant une poigne de paille qu’il torsadait et tirait. Ensuite, chacun passait le lien sous la javelle, raccordait les deux bouts en faisant un noeud par simple torsion et d’un coup de liadou, bloquait le noeud entre le lien et la paille. La gerbe tait ainsi forme...
Les gerbes regroupes par dizaines environ, appuyes les unes contre les autres, les pis vers le haut, formaient un « gendarme ». Ensuite, quatre gerbes retournes, lies les unes aux autres, formaient une sorte de chapeau. Les pis, ainsi regroups au coeur du « gendarme », finissaient de mrir l’abri de la pluie.

Regroupement des gerbes

Le soir, le petit champ moissonn, pouvait tre recouvert d’une vingtaine de gendarmes ou bien on regroupait toutes les gerbes au milieu du champ formant un plangeou ou petite meule de paille qui correspondait environ au contenu d’une charrette. On rangeait alors les gerbes plat sur le sol, le unes contre les autres, les pis au centre. La spirale des gerbes se soulevait progressivement au milieu, comme une coquille d’escargot, pour se terminer en pointe comme une norme cloche.
Par une belle journe on rentrait la paille et le grain. Un attelage tait rang prs du plangeou ou circulait entre les ranges de « gendarmes ». Les gerbes, dposes en travers sur le char, les pis au milieu et le cul l’extrieur, croises entre elles, s’amoncelaient entre les deux « estanteires. La perche cheville l’avant et bille l’arrire bloquait l’ensemble des gerbes. Ainsi, le convoi ressemblait un norme hrisson.
Arriv la grange, on empilait soigneusement les gerbes proximit du « sau », partie situe derrire la porte, o le plancher trs pais restait toujours dgag ».
Denis Hermet

Avant d’engranger, la mise en meule tait tout un art. (Ferme de Chavagnac, Laurie, 1933)

CHASTRES/TEMOIGNAGE
De la moisson la bouade (rentre des crales)
De la moisson  la bouade (rentre des crales)

La rcolte du fourrage (fenaison) tant termine, restaient encore faire la moisson des crales, le bl, seigle, avoine, orge...). Dans le milieu du XXme sicle, cela reprsentait toujours une priode d’activit trs intense, mme si elle se mcanisait rapidement. Retour sur un temps fort collectif la ferme de la Boria (Feydit/Allanche), essentiel pour la vie du village.

Dbut Aot les premires crales taient prtes pour la moisson. Le soir, aprs le travail, le « coare » passait dans les champs, cueillait un pi, l’crasait dans sa main et croquait un grain pour savoir si la moisson pouvait commencer. Si, pour les petits paysans, la moisson se faisait la faux, (voir le pre Magne Vze), la boria, elle tait dj mcanise.

Premire mcanisation : la faucheuse avec une claie de relevage fixe la barre de coupe pour former la javelle. 

La faucheuse, aux roues en fer, tire par deux chevaux, tournait sur le champ, commenant par l’extrieur et terminant en coquille d’escargot vers le centre. La lame, entrane par les roues lorsque la machine avanait, oscillait entre les doigts mtalliques de la barre de coupe et tranchait le bl quelques centimtres du sol. Le bl coup, tombait sur la claie.
Le moissonneur, assis sur un sige, actionnait une pdale qui rabattait la claie, lorsque la javelle tait prte. Celle-ci tait alors dpose sur le sol, l’arrire de la machine. C’est l qu’intervenaient les lieurs, rpartis tous les dix mtres sur le passage de la faucheuse.
Chaque homme, prenait une javelle ( brasse de paille), l’attachait avec un lien qu’il faisait lui-mme en tordant une poigne de paille qu’il nouait avec le « liadou » (bton pointu permettant de serrer le lien) et dposait la gerbe ainsi forme au large, avant que l’attelage ne repasse.

Deuxime mcanisation : la moissonneuse lieuse. 

Comme la faucheuse elle tait tire par deux, voir trois chevaux de front, car elle tait plus lourde que la faucheuse. Le bl, coup par la barre de coupe, tait entran par un tapis roulant vers le lieur mcanique, situ l’arrire de la machine, qui attachait chaque javelle avec une ficelle. La gerbe ainsi forme tait rejete sur le ct afin de librer le passage suivant. Ici plus besoin d’homme lieur.

La moisson du champ termine, les gerbes taient rassembles et les moissonneurs construisaient de petites meules (les plangeous), o les gerbes taient empiles en rond avec les pis au centre. Chaque meule correspondait un ou deux chars de paille.
Venait alors le jour du ramassage de la paille. Dure journe pour les attelages. Trois ou quatre attelages « tournaient » des champs l’aire de battage, prs des granges de la ferme.

La rentre des crales la ferme

Les crales taient alors stockes par catgories proximit de l’aire de battage, entre la grange des brebis et la grange de la « basta » (des vaches).
Tout le seigle (ou bl russe) tait entass dans une immense meule en spirale de plusieurs mtres de hauteur, faite par Jean-Marie Benot. Pour la terminer, 3 ou 4 hommes, adosss une grande chelle se passaient les gerbes, une une, jusqu’au sommet qui se terminait comme les toits de chaume, par une couronne de gerbes renverses, lies les unes aux autres, sorte de fatage rejetant la pluie sur l’extrieur de la meule. Une deuxime meule stockait le bl (ou froment).

L’avoine et l’orge, nourriture des volailles, des porcs et des moutons, taient emmagasine dans la grange des brebis. Au dbut une dizaine d’hommes formant une chane, se passaient les gerbes une une pour les amener au fond de la grange. A mesure que le stock augmentait, la chane raccourcissait.

Les lentilles et les petits pois taient rentrs en dernier.Il y avait aussi les « navettes » ou le colza utilis pour la fabrication de l’huile.

Cette rentre des crales ncessitait une main d’oeuvre importante : c’tait la « bouade » : les voisins donnaient une journe de travail qu’ils rcupraient pour leurs travaux.

Denis Hermet

TEMOIGNAGE
Le battage au hameau de Chastres
Le battage au hameau de Chastres

Comme dans toutes les fermes, le battage, dernire grande activit de l’t, tait fait par une entreprise qui possdait une batteuse et la machine vapeur qui l’entranait. Toute la famille et les voisins du hameau de Chastres taient mobiliss pour ces journes difficiles mais collectives et apprcies pour leur convivialit dans une ambiance de fte et la solidarit qu’elles produisaient.


Le battage tait fait par une entreprise qui possdait la batteuse et la machine vapeur qui l’entranait. Il fallait rcuprer le matriel dans une ferme voisine. Dplacer la batteuse et la machine vapeur, montes sur de petites roues en fer, sur des chemins creux, pendant plusieurs kilomtres, ncessitait au moins deux attelages de boeufs assez puissants.

La prparation

Le matriel : successivement machine vapeur, batteuse et lieur, tait alors call sur l’aire de battage. La courroie passe sur l’un des grands volants de la machine vapeur et sur la poulie d’entranement de la batteuse tait croise et bien dans l’axe des deux machines afin de ne pas sauter quand elle serait en mouvement. Le lieur tait accul l’arrire de la batteuse et attendait la paille battue pour faire de grosses bottes.

Le moteur lectrique, fix sur une remorque, et branch directement sur la ligne extrieure l’aide de longues perches remplac la machine vapeur.
Enfin, avec la route, est arriv le premier tracteur, qui tirait le matriel d’une ferme l’autre et qui, avec sa petite poulie latrale entranait la batteuse.

Les jours prcdents le battage il fallait prvoir de la nourriture pour une trentaine de personnes pendant deux jours :
- un tonneau de vin (une demie pice ou 250 litres) install dans le couloir et non pas la cave comme d’habitude, afin qu’il soit porte de main.
- quelques bouteilles de goutte pour terminer le repas du soir.
- tuer un cochon et faire les pts et les saucisses.
- tuer un mouton et le dcouper.
- prvoir les lgumes encore au jardin : choux, navets, carottes, pommes de terre
La semaine de batteuse restait une grosse semaine de travail pour les femmes.

Le jour du battage

La main d’oeuvre tait importante : environ une trentaine d’hommes pendant deux jours. Les journes taient rendues aux voisins pour les mmes ou pour d’autres travaux. Ainsi, Jean, le fils de la Boria de Chastres tournait pendant plusieurs semaines pour les battages dans les autres fermes.

La tche tait rude mais dans une ambiance de fte. Vers huit heures, alors que le batteur chauffait la machine vapeur, les hommes arrivaient des fermes ou des villages voisins. Le caf tait pris la ferme. Le batteur avait commenc sa journe depuis bien longtemps : il avait allum la chaudire afin de chauffer l’eau et de mettre la vapeur sous pression .

Au coup de sifflet de la machine, les hommes se dirigeaient vers l’aire de battage. Le « coare » distribuait alors les tches. Chacun avait sa spcialit et se dirigeait vers son poste de travail.

La machine vapeur lchait ses volants. D’abord lentement, puis prenant de la vitesse, les deux grandes roues tournaient dans le ciel matinal avec un lger ronflement. L’une d’elles entranait la courroie qui activait la batteuse. Le cylindre mtallique hriss prenait lui aussi de la vitesse. Le tamis frmissait. Le vanoir soufflait vide. Le lieur, lui aussi, commenait tourner vide, avec un bruit mtallique.

Tous les appareils taient en marche. Tous les bruits s’ajoutant, la musique de fond, comme au cinma, tait donne pour la journe. Il fallait hurler pour s’entendre mais le travail de chacun demandait beaucoup d’attention et l’on ne parlait pas beaucoup.

A chacun sa tche

Volant de fourche en fourche, les gerbes sortaient de la grange ou descendaient de la grande meule et arrivaient sur le plateau de la batteuse.
Debout sur une marche, les bras hauteur du plateau, un homme muni d’un grand couteau, accueillait chaque gerbe d’une main ferme, tranchait d’un coup sec la ficelle et l’enlevait.
A ct de lui, un deuxime homme, ouvrait la gerbe, talait la paille et la dirigeait, pis en avant, vers la gueule o le cylindre mtallique aux dents pointues l’avalait.
Les pis clataient. Les grains crpitaient contre les parois intrieures. Alors que la paille, libre de ses pis, se dirigeait vers l’arrire de la machine pour tomber dans le lieur, les grains tombaient sur le tamis frmissant et avanaient en sautillant. Le souffle du vannoir emportait les balles lgres (la ventilla) vers l’extrieur. Les grains bien nets, librs de leur enveloppe, tombaient dans le caisson comportant deux ouvertures munies d’un clapet.

Debout sur un marchepieds, cinquante centimtres du sol, un troisime homme fixait alternativement, un sac en forme de saucisse chaque clapet, ouvrait la trappe et veillait son remplissage. Le sac plein, il le librait et le liait avec une ficelle en faisant une double boucle.

A ct de lui, un quatrime homme rangeait les sacs pleins en attendant les porteurs. Quand le porteur arrivait, les deux hommes prenaient un sac plein chaque extrmit. Deux ou trois balancements, le sac s’envolait et atterrissait sur les paules du porteur qui avait fait un quart de tour pendant que le sac tait en l’air.

Le porteur, prenait alors, d’un pas rgulier, le chemin caillouteux qui conduisait la ferme, franchissait le seuil, grimpait le large escalier de pierres jusqu’au premier tage, puis l’escalier en bois trs raide qui conduisait au grenier. L, il se librait de son fardeau, tirait sur la boucle de la ficelle, soulevait le fond du sac.
Le grain s’coulait alors dans la parcelle du grenier qui lui tait rserve sur une cinquantaine de centimtres de hauteur. (Pendant les quelques semaines qui suivaient le battage, le grain tait retourn la pelle afin qu’il soit ventil et qu’il ne s’chauffe pas.)
En redescendant, au bas de l’escalier, sur la table de la cuisine, chaque porteur disposait d’un verre pos ct d’une bouteille de vin, o il pouvait se servir s’il avait soif. Puis il se dirigeait vers la batteuse en ramenant son sac vide.

A la sortie du lieur, les bottes de paille battues taient charges sur les chars et ramenes dans les diffrentes granges o elles serviraient pendant tout l’hiver pour la litire des diffrents animaux : porcs, moutons, vaches...

Chacun remplissait au mieux sa tche, bien que la journe soit longue. Quelques coupures permettaient de souffler :
- vers neuf heures et demie, les filles, passant de poste en poste, distribuaient une pointe de pt aux pommes bien consistant, avec un verre de vin ou de caf.
-  midi, bien que le repas ft copieux, il ne durait pas trop longtemps, car la machine comme les hauts-fourneaux ne devait pas se refroidir.
- vers quatre heures trente, nouvelle tourne casse-crote.

La journe termine, c’tait la fte. Repas copieux, arros et prolong par des histoires ou des chansons dont une de circonstance : la chanson des bls d’or, chante par Alfred Albaret, qui habitait derrire la ferme de la Boria Chastres (Feydit/Allanche).
Vers minuit, chacun regagnait sa chaumire en attendant le lendemain, pour la deuxime journe.

Denis Hermet

CEREALES
L’expdition d’automne au moulin
L’expdition d’automne au moulin

Avec l’automne, les gros travaux agricoles taient termins. Pour les paysans les journes se libraient. C’tait le moment d’apporter le grain au moulin. Un rituel autant qu’une ncessit.

Les sacs grain remplis la veille, taient descendus du grenier et rangs dans le caisson du camion. Pas le camion moteur, mais le camion quatre roues en bois dont deux directrices, tir par deux chevaux. Le camion charg, on attelait les chevaux. Le paysan s’installait l’avant, sur le sige du conducteur et fouette cocher, il prenait la direction d’Auriac-l’Eglise o taient les trois moulins hydrauliques sur la Sianne dans le fond de la valle.
 Les sacs dchargs taient vids dans l’avaloir. Le meunier ouvrait le sas, la roue aubes prenait de la vitesse et entranait la meule tournante au dessus de la meule dormante. La trappe de l’avaloir ouverte, librait le grain qui s’engouffrait entre les deux meules. La farine s’coulait alors sous les meules, traversait le tamis frissonnant et se dlestait des balles, enveloppes du grain. Les sacs, alors remplis de farine, taient chargs sur le camion et l’on reprenait la route du retour vers la ferme.

Aprs plusieurs expditions semblables, la ferme disposait d’assez de farine pour fabriquer son pain pour toute l’anne.

Denis Hermet
 

VEZE/COMMUNAUX
La coupe annuelle du bois du Lac
La coupe annuelle du bois du Lac

Sur le versant nord du Ruisseau de la Meule, sur un dnivel d’environ 200 mtres, s’talait la coupe du Lac, le bois rserv aux habitants du hameau du Lac (commune de Vze).
Il tait divis en trente parcelles perpendiculaires la ligne de pente. Chaque anne on procdait la "coupe" et le bois tait divis entre les sept familles. Une procdure communautaire bien rgle et accepte par tous...

Chaque parcelle du bois du Lac tait desservie par trois chemins d’exploitation o pouvait rouler un attelage, l’un au sommet de la pente, accessible des champs du village, l’autre mi-pente et le troisime longeant le ruisseau.

Tous les trente ans, une parcelle tait partiellement abattue, seuls les arbres ayant entre soixante et quatre-vingt dix ans taient coups (1). Ainsi la fort se rgnrait-elle son rythme, sans bois mort ni invasion des arbustes, sans dopage ni alignement comme aujourd’hui. L poussaient en futaie, des htres et des chnes majestueux au tronc rectiligne surmont d’une large couronne de branches.

Avec la fin de la belle saison, fenaison, moisson et ramassage des pommes de terre termins, les hommes du village taient plus disponibles : c’est alors qu’on prparait la « coupe ».

Le jour de la coupe

A une date convenue, les hommes, un par foyer, cogne et masse sur l’paule, passe-partout en bandoulire, coins dans la musette avec le casse-crote et la chopine, se retrouvaient la sortie du hameau du Lac sur le chemin conduisant au bois situ plus de deux kilomtres.

Monsieur L’Hritier, le garde forestier, un ancien d’Indochine, avait quelques jours avant repr les arbres abattre sur la parcelle de l’anne, en tenant compte de leur ge, de leur taille et du nombre de lots fournir aux familles.

Le jour de la coupe, le garde forestier tait accompagn du « prsident », un homme du village qui prsidait l’opration. Chaque anne ce rle revenait un homme d’une famille diffrente.

Le garde marquait de sa hachette estampille ONF les arbres couper. Un coup de hachette sur le tronc pour enlever l’corce, un coup de tte sur l’entaille et les trois lettres ONF apparaissaient sur le bois nu. La mme chose tait effectue sur ce qui deviendra la souche.
Pendant ce temps, le reste du groupe avait tomb la veste et prpar les outils. Au retour du garde, l’abattage pouvait commencer.

Par groupe de deux, les villageois se dirigeaient vers les arbres abattre. On dgageait le pied : feuilles mortes, brindilles, petits rejets, puis on commenait l’entaille qui dterminerait l’endroit de la chute. Cet endroit tait trs important car le terrain de la coupe du Lac tait trs accident et l’accs difficile pour les attelages. On essayait donc de se rapprocher au maximum des chemins d’exploitation.

Une organisation bien rode

A la base du tronc tait donn un coup de scie correspondant environ au quart du diamtre de l’arbre, du ct o il chuterait. On dgageait la partie suprieure au coup de scie, grands coups de cogne afin d’largir l’entaille dans le sens de la hauteur. L’entaille termine, le passe-partout entrait en jeu du ct oppos.

Tir alternativement de chaque ct, l’outil bien afft, commenait son va-et-vient et pntrait lentement dans le tronc. Les hommes, genoux, souvent dans une situation inconfortable, ahanaient sur les poignes et suaient grosses gouttes. L’arbre ne bougeait pas, peine un frmissement au bout des branches. Les oiseaux s’taient tus. On n’ entendait que le bruit des outils et les voix des hommes.

La scie continuait son chemin. Les bcherons s’interrompaient, plantaient le premier coin du ct oppos l’entaille et ainsi orientaient la chute. La scie, libre par le coin qui empchait l’arbre de la serrer, avanait plus librement. Les premiers craquements se faisaient entendre. A chaque coup de scie, l’arbre vacillait et se penchait progressivement. Encore quelques va-et-vient de la scie, puis les hommes s’loignaient du tronc, laissant l’outil en place. Un grand cri rsonnait dans la fort : Attention !!! A grands coups de masse, l’un des hommes enfonait le deuxime coin ct du premier. A chaque coup, l’arbre se penchait un peu plus. Puis sa chute s’acclrait...Les craquements s’amplifiaient...Le gant basculait compltement et s’abattait dans un fracas de branches casses en librant sa souche. Le dbardage pouvait commencer.

A la hachette, on dgageait l’extrmit des branches. Les branchettes taient rassembles en tas sur place. Elles auraient trente ans pour pourrir, mais avant elles serviraient d’abris aux animaux, de nourriture aux parasites et vermines et d’engrais ou d’humus aux prochains gants.
Les branches ainsi dpouilles taient dbites d’un coup de hache tous les deux mtres, puis charries bras d’hommes et entasses au bord des chemins creux. Les plus grosses et les plus lourdes taient regroupes sur place. On viendrait les chercher avec des attelages pour les traner jusqu’aux chemins. Elles serviront de bois de chauffage pour l’hiver.

Restait le tronc, bien droit, bien rond, sans aucune branche, souvent sans aucun noeud. Il tait dbit en deux billes de trois ou quatre mtres. Chaque bille restait sur place. Plus tard, elle serait elle aussi, tire par les attelages jusqu’aux chemins.

Hommes et btes la manoeuvre

Ainsi, pendant une semaine, les hommes abattaient les arbres et prparaient le bois pour le transport. Le dernier jour, ils venaient avec un ou deux attelages, de prfrence des boeufs, car la tche tait rude. Une chane, le « trini », tait accroch au joug. Les boeufs lis avanaient de chaque ct de l’norme bille.

Arrivs cinquante centimtres de l’extrmit, la lourde chane venait entourer le tronc. On faisait donc baisser la tte aux boeufs afin que la bille toucht le joug et on amarrait bien la chane. Un "ha" d’encouragement. Les btes se campaient sur leurs quatre membres, tendaient leurs jarrets et levaient la tte.
La bille tait souleve l’avant, vitant ainsi les vieilles souches ou les rochers pars sur le sol. Les boeufs avanaient d’un pas lent entre les arbres, donnant le coup de reins ncessaire si une souche retenait la bille qui tranait sur le sol, jusqu’au chemin le plus proche.
Les branches et les billes taient ainsi regroupes au bord des chemins.

Sept lots de bois de valeur quivalente, (sept lots car il y avait sept foyers au village) taient ainsi rassembls le long de chacun des trois chemins d’exploitation. Le dernier jour, le garde revenait vrifier que seuls les arbres marqus avaient bien t abattus et marquait chaque lot de un sept, en chiffres romains, d’un coup de serpette, en prsence de tous.

Le soir, en prsence du prsident de l’anne, runis autour d’un verre, sept papiers numrots taient jets dans un chapeau et chacun venait tirer le numro de son futur lot.
Le sort en tait jet et personne ne discutait l’attribution mme si le lot du voisin semblait plus attrayant (grosses billes ou accs plus faciles).

Si l’arrire saison tait belle, chaque famille pouvait venir avec son attelage rcuprer son bois. Si non, elle attendait le printemps suivant.
La charette tait arrte dans le chemin creux. Les branches empiles la main sur le vhicule et amarres avec une corde. La charette ainsi charge, parfois surcharge, tait ramene la ferme au pas lent des boeufs. Souvent deux ou trois heures taient ncessaire au retour. Arrivs la ferme, les boeufs passaient l’abreuvoir, puis taient dlis et avaient droit une bonne ration de foin. Les branches, quant elles, taient stockes verticalement contre le mur expos au sud, ainsi elles pouvaient commencer scher avant d’tre dbites en rondins. De belles bches pour alimenter la cuisinire et la chemine.

Quant aux grosses billes de bois, reprsentant une certaine valeur, elles taient souleves par les boeufs sur la charette et ramenes la scierie pour y tre dbites en plateaux, planches, madriers selon les travaux raliser la ferme.

Sept huit journes,taient ncessaires pour rentrer le bois de chauffage pour l’anne et stocker le bois utilisable pour les travaux de charpente ou de menuiserie. Rajoutes aux quatre ou cinq journes de prparation en commun, la coupe mobilisait les hommes du village pour au moins deux semaines.

Denis Hermet

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1) Souvenirs d’une pratique communautaire encore en vigueur dans les annes 1950.

CHASTRES/DESCRIPTION
La grange de La Basta
La grange de La Basta

Denis Hermet restitue ici l’organisation des activits regroupes dans la grange de la Basta au hameau de Chastre dans les annes 1950. Les activits agricoles d’une ferme traditionnelle d’altitude se trouvent ici rassembles : les crches pour les vaches laitires, l’espace clos pour les veaux, le coin pour les boeufs et les chevaux, les lits des bergers et valets, les abreuvoirs...

La grange de La Basta, situe au coeur du hameau de Chastres (Feydit/Allanche), faisait partie du domaine de La Boria.


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