Warning: array_shift() expects parameter 1 to be array, boolean given in /htdocs/public/www/config/ecran_securite.php on line 283 Cézallier: le patrimoine de la vallée de la Sianne en Auvergne (Cantal/Haute-Loire)
  • EDITION

    Dans le train de l’histoire : le nouveau cahier des Amis du Vieil Allanche

    On reste de nouveau pris par les diffrentes thmatiques abordes sur des morceaux d’histoires du Czallier souvent indits.

  • ESTIVALES 2017

    Thmes des 32 panneaux de l’exposition

  • ESTIVALES 2017

    Notre exposition 2017 lablise par le Parc des Volcans d’Auvergne

    L’exposition intrieurs anciens de la maison traditionnelle du Czallier" a t lablise au titre du programme des manifestations des 40 ans du Parc des Volcans (...)

  • ESTIVALES 2017

    Communiqu de presse

  • ESTIVALES 2017

    Affiche de l’exposition intrieurs anciens

  • 11 JUIN 2017 AURIAC-L’EGLISE

    La dferlante s’arrte dans la valle de la Sianne

    La Dferlante s’arrte dans la valle de la Sianne dimanche 11 juin pour une journe dtente ouverte tous ddie la musique, la dcouverte des patrimoines et de (...)

  • FETE DE L’ESTIVE 2017

    Grand succs pour nos initiatives autour des estives et des burons

    Evnement marquant au coeur du Czallier Cantalien, la 26me fte de l’Estive Allanche le samedi 27 mai a attir la foule. Grand succs de notre (...)

  • ALLANCHE 25-27 MAI

    Retrouvez-nous la fte de l’Estive 2017

    Notre association sera prsente cette grande fte de la transhumance avec une soire cinma du patrimoine et l’exposition "Estives et burons du (...)

  • ESTIVALES 2017

    Un programme culturel et patrimonial indit

    L’Association Czallier valle de la Sianne se mobilise une nouvelle fois pour valoriser son territoire travers les 17mes Estivales. Des rendez-vous ne pas (...)

  • ASSEMBLEE GENERALE 2017

    Rapport d’activits 2016

    Durant l’anne 2016 notre association s’est une nouvelle fois associe la vie culturelle de la rgion en mettant en valeur les richesses patrimoniales, les traditions et les (...)


Patrimoine Les Activités
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La vie scolaire

L’cole habite un coin de notre mmoire avec les bons et les mauvais souvenirs. En chacun de nous, elle a laiss ple-mle des motions, qui de gnration en gnration, ont accompli le mme parcours, provoquant aujourd’hui des instants de nostalgie.
A dcouvrir aussi des vnements forts de la vie scolaire, des tmoignages d’instituteurs et d’lves qui rappellent nos souvenirs d’cole, ses instants retrouvs et ses rites dlaisss...

AURIAC-L’EGLISE
La classe au dbut
du XXme sicle
La classe au dbut<br> du XXme sicle

En 1965, Bernadette 12 ans. Elle raconte dans la revue scolaire « La petite abeille » comment se passait la journe de classe de son oncle Edouard, lve de l’cole publique d’Auriac-l’Eglise.

"Mon oncle Edouard qui tait lve Auriac-l’Eglise au dbut du XXme sicle m’a racont comment cela se passait." C"est diffrent d’aujourd’hui". Il se levait de trs bon matin ainsi que ses camarades qui habitaient dans le village de Chavagnac, car la classe commenait huit heures hiver comme t.
Chaque matin et chaque soir la petite troupe parcourait les trois kilomtres qui sparent Chavagnac du bourg d’Auriac l’Eglise. C’tait pnible pendant la mauvaise saison.
Ces coliers portaient en bandoulire leur cartable et leur musette qui contenait leur repas de midi. Les grands donnaient la main aux plus petits et les aidaient dans les passages difficiles.

Pendant l’hiver, ils arrivaient l’cole les pieds mouills et froids. Alors, ils se chauffaient et mettaient scher leurs sabots prs du pole que monsieur Manhes leur instituteur avait allum depuis un bon moment.

A midi, mon oncle Edouard allait manger chez monsieur Marais, le sabotier d’Auriac l’Eglise. Madame Marais lui faisait chauffer la gamelle. Il djeunait bien au chaud avec ses frres Alfred et Pierre. Tous les autres coliers des villages de la commune djeunaient l’cole. Mais il n’y avait pas de cantine. Madame Manhes, rchauffait leur repas dans sa cuisine. Les enfants, une douzaine environ, mangeaient dans la classe. Madame Farraire, l’picire recevait chez elle Victor Chantroux

L’cole des garons d’Auriac se trouvait tout en haut du bourg dans le mme btiment que la mairie et le presbytre. La classe occupait une partie du sous-sol et donnait directement sur un jardin.
Chaque matin, tous les garons, petits et grands, se retrouvaient dans la grande classe aux poutres fumes, aux murs blanchis la chaux. Sur le mur il y avait deux grands tableaux noirs.

Les tables taient longues, lourdes, et tenaient beaucoup de place. On y voyait jusqu’ huit lves assis sur le mme banc. Le matre avait un grand bureau sur une estrade. Dans un coin, une bibliothque contenait de nombreux livres.
Ils taient l plus d’une trentaine d’lves. Tous portaient un tablier noir et taient chausss de sabots. Leurs cahiers taient crits au porte-plume avec de l’encre noire, mais chacun avait une ardoise qu’il utilisait beaucoup. Leurs livres n’taient pas illustrs et beaucoup moins intressants qu’aujourd’hui.

Quand le matre expliquait, tous les bras se croisaient et personne ne bougeait, car monsieur Manhes tait svre. Aux rcrations, les coliers jouaient aux billes, au ballon, cache-cache dans « le Chavagnal », aux boules de neige et la glissade en hiver.

Les plus grands lves avaient quatorze ans et plus. Chaque anne, monsieur Manhes prsentait quelques candidats au certificat d’tudes.
Pour certains enfants l’anne scolaire tait courte. Les grands de la campagne quittaient l’cole ds les beaux jours pour aider leurs parents et ils ne rentraient qu’aprs la Toussaint. Pour les autres, les vacances commenaient fin juillet et finissaient au dbut octobre.

A cette poque il existait aussi l’cole des filles dirige par madame Berton, avec trente cinq lves.
Monsieur Manhes a pris sa retraite Auriac-l’Eglise en 1923".

Bernadette Glaize, 12 ans (1965)

AURIAC-L’EGLISE
De l’cole du cur l’cole publique communale
De l’cole du cur  l’cole publique communale

Durant deux sicles, des prtres et des frres, des instituteurs et des institutrices ont beaucoup fait pour l’ducation des enfants dans la valle de la Sianne. Elments d’histoire sur la commune d’Auriac-l’Eglise.

Autrefois, presque tous les curs et les vicaires faisaient office de matre d’cole.

En novembre 1794, l’abb Glaize, de retour dans son pays natal cause des vnements rvolutionnaires, se retire au hameau de La Bastide d’Auriac-l’Eglise et y ouvre une cole primaire. Il eut une quinzaine d’coliers, lesquels lui donnaient pour salaire du bl et du beurre.

Pour l’cole, le cur acheta la « Nouvelle bibliothque des enfants » en trois parties contenant des historiettes morales, des principes de grammaire et de calcul.

Sur la maison qui servait d’cole La Bastide, le cur instituteur plaa une affiche en vers : « Ecole tout prix, prix fort, par mois et par leon. Donnez vos enfants croissant dans l’ignorance, de savants et bons matres qui leur donnent leur science. Soyez reconnaissant envers l’instituteur. Rpandez vos prsents sur leur instruction. Le plus doux des tats, le plus digne d’honneur est l’ducation ».

On sait par ailleurs qu’il y avait Auriac durant la rvolution une soeur Bate. Traditionnellement les Bates, une vritable institution, surtout en Haute-Loire, apprenaient lire aux filles, enseignait le catchisme, l’histoire sainte et quelques prceptes de politesse et de morale.

La tradition locale nous apprend que deux soeurs du Tiers Ordre de Saint-Franois apprenaient aux filles lire et crire lorsqu’en 1856, Mademoiselle Roueyre qui venait d’avoir son diplme fut nomme institutrice Auriac. Elle y resta deux ans et fut rempla par Mademoiselle Hugon.

Les frres du Saint Viateur dans la valle de la Sianne

Pour comprendre le dveloppement de l’instruction dans nos campagnes, il faut se remettre dans l’esprit du 19me sicle o l’Eglise Catholique et la Rpublique se sont affrontes pour le contrle de l’instruction.

Les frres du Saint Viateur dirigeront des coles Auriac de 1855 1891, Charmensac en 1869 et 1870, Peyrusse, une cole communale de 1855 1891, puis une cole libre de 1891 1903 jusqu’ l’interdiction faites aux congrgations religieuses d’enseigner en vertu de la loi du 1er juillet 1901 sur les associations.

1855 Fondation de l’cole communale d’Auriac

De 1855 1891 l’cole communale d’Auriac sera tenue par les frres du Saint-Viateur, une congrgation religieuse qui a tenu 39 coles communales dans le Cantal comme le permettait la loi Guizot de 1833. Cette loi marque une tape importante dans l’organisation de l’enseignement primaire en France. L’obligation est faite toute commune d’avoir au moins une cole primaire lmentaire.

1855-1858 : Frre Jean Rives. Titulaire du Brevet de Capacit, il venait de souscrire l’engagement dcennal qui le dispensait du service militaire. C’est lui qui ouvre l’cole communale d’Auriac. En 1858, il part fonder l’cole de Boisset (Cantal).

1858-1891 : Frre Joseph Loubaire, originaire de Neuvglise dirigera l’cole durant 33 ans jusqu’ la lacisation des coles en application de la loi organique du 30 octobre 1886 qui tablit la lacit du personnel des coles publiques en ordonnant la substitution du personnel laque au personnel congrgationiste. Trois adjoints l’aideront dans sa tche ducative de 1872 1884.

1872-1874 : Frre Jean-Pierre Conorton

1874-1879 : Frre Camille Mizoule (qui publiera de nombreux pomes sur la rgion)

1879-1884 : Frre Louis Antoine Rebeix

(Sources : Archives du Saint-Viateur, Rome)

Anne 1871

Le Registre de la Direction gnrale de la congrgation des frres du Saint Viateur fait tat d’une visite d’inspection l’cole d’Auriac le 4 avril 1871. L’inspecteur remarque quelques anomalies dans l’organisation de l’cole et propose quelques amliorations :

« A Auriac, les classes sont spares et l’une au-dessus de l’autre. La petite classe se fait dans le rfectoire o la cuisinire est oblige de passer et repasser chaque instant. Il n’y a qu’un petit cabinet ct du rfectoire, servant de chambre au Rgent. La servante couche dans la cuisine et le coadjuteur la cure qui est dans le mme corps de btiment.

L’inspecteur a fortement recommand au Rgent de ne plus laisser les pensionnaires seuls pendant la nuit, et d’arranger au dortoir un petit cabinet pour le coadjuteur. Ce cabinet peut tre fait l’arrive de l’escalier, droite en entrant au dortoir. Comme Auriac ne doit avoir qu’un seul frre, on a song qu’ une seule classe, cependant si le second frre doit tre conserv, il importe de rapprocher sa classe de la premire, soit en l’adossant au pignon de celui-ci, soit en la plaant ct dans le jardin. Les communs sont aussi trop loigns et hors de toute surveillance... »

L’inspecteur termine son rapport en donnant quelques chiffres. La population d’Auriac est en 1871 de 705 habitants. L’cole communale est frquente par 68 lves, 64 en hiver et environ 25 l’t. La rtribution scolaire et le traitement ventuel s’lvent 700 francs. Deux pensionnaires et une dizaine de besaciers rapportent 300 francs.

(Sources : Registre de la Direction gnrale : visites et inspections, 1871-1872)

Lacisation de l’cole communale d’Auriac

La loi du 30 octobre 1886 tablit la lacit du personnel des coles publiques en ordonnant la substitution du personnel laque au personnel congrgationiste. Les Annales de la Province de Ternes, revue de la congrgation du Saint Viateur, fait part de l’motion suscite par cette loi Auriac :

« Le bon frre Loubaire dpensait au profit des enfants d’Auriac les trsors de sagesse, d’intelligence, de dvouement et de tendresse dont la providence l’avait dot. Il aimait ses lves et la charmante localit dont il avait lev deux gnrations et il tait pay en retour par l’estime et la vnration dont il tait entour. La lacisation de son cole fut un coup terrible pour cette me sensible !

Il fut impossible d’ouvrir une cole libre : il n’y avait dans la petite localit aucune maison propice. C’est le coeur navr, que le frre Loubaire quitta, au milieu d’une population en pleur, les lieux o il esprait mourir en paix. »

Le frre Loubaire fut nomm la Matrise de Notre-Dame du Port Clermont-Ferrand et en 1893 Chanteloup (Poitou). Il meurt le 21 octobre 1894, jour de la Saint-Viateur, d’une intoxication alimentaire, l’ge de 57 ans.

(Source : Annales de la Province des Ternes, 1891-1892)

AURIAC L’EGLISE
Reconstitution d’une classe des annes 50
Reconstitution d’une classe des annes 50

En juillet 2001, une classe de l’cole d’Auriac-l’Eglise a t reconstitue dans les lieux mmes o se sont succdes des gnrations d’coliers. Une rtrospective de la vie scolaire et de l’ambiance de l’cole publique d’autrefois. Nostalgie !

LECON
Quand l’cole fait la morale
Quand l’cole fait la morale

Dans les cahiers utiliss par les lves de l’cole publique d’Auriac-l’Eglise notamment, une page type tait consacre la morale du bon colier. Lecture

Ecoliers en 1948

LE BON ECOLIER

Emile se lve de bonne heure, il repasse ses leons, djeune et arrive l’cole quelques minutes avant l’heure. Tout, de sa personne et dans ses vtements, dnote des habitudes de bonne tenue et de propret.

En classe, il s’intresse tout ce que dit le matre et fait ses devoirs avec plaisir. Ses livres sont propres, ses cahiers bien tenus.

En rcration, c’est lui qui montre le plus d’entrain. Ses camarades l’aiment, parce qu’il est obligeant envers eux et qu’il s’applique, par de bons procds, viter les querelles.

Chaque semaine, il remet l’instituteur quelques sous, fruit de ses conomies ; et, sur son livret de caisse d’pargne, figure dj une petite somme qu’il se propose d’augmenter, quand il commencera gagner de l’argent.

Lorsqu’il aura douze treize ans, il se prsentera devant la Commission d’examen pour obtenir le Certificat d’tudes primaires.

Les parents d’Emile sont heureux d’avoir un si bon fils, et l’instituteur se flicite de voir ses efforts rcompenss.

LE MAUVAIS ECOLIER

Il est huit heures et demie du matin ; depuis une demi-heure, la classe est commence. Tout coup la porte s’ouvre. C’est Paul, un des plus mauvais lves qui arrive.

Comme il vient en classe qu’ regret, il est d’humeur maussade.

En s’asseyant, il repousse du coude ses voisins. Enfin il se met au travail. Mais quel travail ! Bientt vous le voyez s’appuyer nonchalamment sur la table et biller. Il va attendre dans cette attitude l’heure de la sortie.

Depuis longtemps, l’instituteur a renonc lui faire des observations, car Paul n’en tient aucun compte. Plusieurs fois par mois, Paul manque la classe.

Hier, en passant devant la maison de ses parents, j’ai entendu des clats de voix : c’tait Paul qui refusait d’obir, car il est toujours en rvolte, la maison comme l’cole.

Mauvais fils, mauvais colier, il sera un jour un mauvais apprenti et deviendra mauvais sujet. Pour sr, il sera aussi un mauvais soldat et un mauvais citoyen.

TEMOIGNAGE
Je me souviens du parler patois de Vze
Je me souviens du parler patois de Vze

Originaire d’une ferme au hameau de Chastres, alors commune de Feydit, Denis nous raconte avec motion ses dbuts d’colier au printemps 1950 l’cole-mairie de Feydit, puis l’cole publique du bourg de Vze, alors qu’il parlait patois.

"Elev dans une ferme Chastres (Feydit ) jusqu’ l’ge de 5 ans, avec toute ma famille (parents, grands-parents, oncle et tante) et tout le personnel agricole ( vacher, bouviers, bergers, saisonniers ), ma langue maternelle fut, bien sr, le patois, mais uniquement parl.
Lorsque j’allais, pour la premire fois l’cole Feydit au printemps 1950, les coliers du village clatrent de rire et se retournrent avec un large sourire, lorsque je rpondis au matre qui s’inquitait de me voir en larmes :« -Z-ai perdu mon mochador. »*
Quel tait cet enfant qui osait parler patois en classe ?
Je compris ce jour-l qu’il faudrait que j’apprenne le franais sans penser qu’un jour,j’aurai la lourde tche de l’apprendre ou plutt de l’apprendre lire et l’crire car eux l parlaient dj en tant que langue maternelle.

Le patois du Pays de Vze

Au dbut des annes 50, les paysans parlaient le patois. J’entends par paysans, les agriculteurs exploitants travaillant dans le bourg de Vze tout proche ou les hameaux de Chastres, le Lac, Moudet, Aubvio...
Parmi les enfants, si nous comprenions tous le patois, nous n’tions que quelques-uns le parler en famille ou entre copains. Comme nous participions souvent aux travaux de tous les jours, nous nous adressions aussi aux animaux : chien de berger ou animaux d’attelage (boeufs, vaches, chevaux, nes...) qui n’obissaient qu’aux injonctions prononces en patois.

Au village du Lac qui comprenait six ou sept foyers de paysans ou d’ouvriers agricoles, je parlais patois avec tout le monde, du premier janvier « Bonna Annada »* Nol « Nadau » ou au 31 dcembre, sauf aux estivants ou rsidents secondaires (une famille dans le village) auxquels j’adressais un franais impeccable.
Aujourd’hui, ou dans d’autres lieux, j’ai souvent envie de rire, lorsque je me surprends parler franais avec quelques « anciens ».

Avec mon copain Robert, tout au long du chemin buissonnier, du Lac bourg de Vze, nous conversions toujours en patois, mme pour ce qui concernait la classe :
« -Sabes ta tala ?
Z-as achabat las opracions ? *
Lorsque nous arrivions au bourg, nous avions faire aux « franciss », alors, l’image de nos parents, nous nous adressions en franais nos interlocuteurs : commerants (boulanger, piciers, cafetiers ), artisans (cordonnier, maon, menuisier, scieur, laitier ), garde-forestier, cantonnier, cur et bien sr les instituteurs et leurs enfants, mais nous continuions parler patois la plupart des paysans du bourg et bien sr entre nous.

Le patois restait entirement banni, peut-tre par autocensure, ds que nous franchissions la porte du prau pour pntrer dans la cour de l’cole .Je ne me souviens pas avoir prononc un seul mot en patois dans le lieu du culte du franais : cole et annexes : cour, prau et mme W.C. au fond de la cour.

J’ai un profond respect pour mes instituteurs,je devrais dire comme autrefois mes matres, Mmes Combrouse, Bex et Ragain et Mr Ragain qui se sont sans doute donns beaucoup de mal pour m’apprendre parler, lire et crire un franais correct, matriser une langue difficile et je les en remercie. Mais je remercie infiniment mes parents de m’avoir laiss parler patois, langue qui deviendra peut-tre une langue morte dans une ou deux gnrations.

Une langue ne vit que par sa pratique courante et frquente.
« -H ben, los ancians, entre vos autres, lissatz tombar 10 francs e tornatz parlar un pauc patos. » *

* Ecrit en Occitan :
J’ai perdu mon mouchoir. Bonne anne. Nol. Sais-tu ta table ?
As-tu fini tes oprations ? Alors, les « anciens », entre vous, laissez tomber le franais et parler un peu patois.

Classes de Mme et Mr Ragain en 1955. Denis est au troisime rang (4me en partant de la droite)

TEMOIGNAGE
Matin d’hiver, en route vers l’cole de Vze
Matin d’hiver, en route vers l’cole de Vze

On imagine difficilement aujourd’hui la dure condition des petits coliers de nos campagnes qui chaque jours devaient se rendre pied l’cole du bourg plusieurs kilomtres de la ferme familiale. Tmoignage d’un ancien qui se rappelle d’un certain matin d’hiver.

« Matin d’hiver, la ferme de mes parents au Lac de Vze. J’entrouvre les rideaux de l’alcve situe au fonds de la grande pice principale. Les carreaux des petites fentres sont recouverts de givre, le jour peine se lever. Dans la grande pice, je ne vois pas encore, je devine. J’ai envie de m’enfoncer sous la grosse couverture de laine pique, sous l’dredon de plumes, de replonger le nez dans l’oreiller encore chaud. Mais le feu ronfle dj dans le foyer de la cuisinire en fonte. Une odeur de pain grill me chatouille les narines. J’allume la lampe de 20 « bougies ». Sur la table, juste devant la cuisinire, fume un bol de lait bien chaud, ct de la motte de beurre et du pot de confiture.

Il est l’heure de me lever. J’enfile mon caleon long qui plonge dans les chaussettes de laine tricotes la main, puis le pantalon de velours. La chemise est boutonne sur le maillot de corps. Le tricot, lui aussi fait maison, vient envelopper le tout. J’aurai bien chaud.

Quelques pas faire pour ouvrir la porte du four et les tranches de pain bis brunies sont sorties du bout de mes doigts et poses sur la table. Assis sur le banc, le dos au four, j’achve la prparation de mon petit djeuner. Le laguiole crase la tranche de beurre qui fond sur la longue tartine croustillante.Hum ! La petite cuillre pioche au fond du pot de confiture odorante et je l’tale sur la nappe de beurre. La longue tartine plonge dans le bol fumant fait remonter l’odeur du lait entier bien chaud. Je mange avec les yeux, le nez et enfin la bouche dans le silence de la pice commune.

Mon petit djeuner termin, je pose bol et les couverts sur l’vier en pierre traditionnel dans nos maisons paysannes d’Auvergne install sous la fentre principale.
Une ou deux louches d’eau frache verses dans une cuvette recouvre le gant de toilette. Un coup de gant trs rapide sur le museau, histoire d’tre bien rveill, un tapotement de serviette et ma toilette est termine. Je chausse les bottes, enfile la canadienne au col fourr et endosse le cartable.

Avant de partir pour l’cole je garnis le foyer de deux ou trois bches ranges derrire le pole. Pour sortir je traverse le passage qui conduit l’table o mes parents sont au travail depuis leur lever pour la traite, le fourrage aux aninaux et le nettoyage biquotidien de l’table.
Sensations de chaleur de l’table, bisous et dernires recommandations : « ferme bien la veste, ne prends pas froid, fais bien attention, travaille bien ». Un rveil ordinaire dans une ferme pour un enfant de paysans de la valle de la Sianne.

Le chemin vers l’cole

La porte basse de l’table franchie, le froid de l’hiver me saisit. Je ressens tout d’abord un silence crasant, mais combien reposant. Je contemple la blancheur des paysages avec toutes leurs nuances. Les arbres givrs se fondent sur le ciel de neige, les reliefs sont adoucis sous la couche blanche, les toits des maisons du hameau se confondent avec les buttes et les creux de terrain aux courbes arrondies. La crte des murets de pierres balaye par le vent de la nuit laisse deviner le chemin creux. Je le suis jusqu’au village. La neige crisse sous mes pas, une trace de renard en qute de nourriture l’approche des poulaillers traverse le chemin et s’enfonce entre les fourrs. Les branches des arbres qui bordent le chemin creux ploient sous la neige. Ils forment une vote lumineuse sous les premiers rayons du soleil.

Au village je retrouve mon copain Robert. Aprs quelques changes de boules de neige, nous empruntons la piste faites par les nes bts qui transportent le lait jusqu’ la laiterie au bourg de Vze.
A l’abri des grands frnes et des noisetiers qui bordent le chemin creux, nous descendons jusqu’au ruisseau, l’afft de la moindre dcouverte : pas alterns trois doigts des oiseaux, pas bondissants deux deux des mammifres. Nous sommes l’coute du moindre bruit : craquement de branches, chute touffe de la neige, crissement, rare froissement d’aile...
Sur le vieux pont de pierre sans parapet, nous marquons une halte. L’eau ruisselle en chantonnant entre les deux berges bordes de neige et de glace. Elle se faufile entre les pierres et s’engouffre sous le pont.
Nous lanons une boule de neige bien serre en amont. Entrane par le courant, elle suit le lit du ruisseau, passe sous le pont et ressort quelquefois plusieurs minutes aprs, tournoyant dans les marmites ou s’chouent sur les mini-plages de graviers.
Nous remontons maintenant le versant oppos, pas mesurs car la pente se raidit. Le Pr-Grand nous parat immense, trs peu de relief, plus de courbe, plus de haie, plus de repres pour nos petites ttes regardant presque au ras du sol enneig. Seules, au loin, au sommet de la pente, apparaissent les maisons du bourg de Vze et notre cole. Elles semblent nous attendre et nous dire : « Allez ! Encore un effort et vous arrivez ! »

Au bourg nous retrouvons nos camarades de classe, la cour de l’cole. La balade buissonnire matinale est finie pour aujourd’hui. La leon de gymnastique aussi. Deux kilomtres pieds, dans la neige, a dcrasse les jambes d’un jeune colier. Notre journe d’tudes pouvait commencer avec cette bouffe de calme et de nature plein la tte.

Denis Hermet

Ecole du bourg de Vze

TEMOIGNAGE
La bonne intention
La bonne intention

Robert et Denis, les insparables copains du hameau du Lac, toujours prt pour l’cole buisonnire s’en sortiront cette fois l avec panache.

« Aprs les vacances de Pques, mon copain Robert et moi nous ne mangions plus au restaurant chez Leymarie situ en face de l’cole sur la grande place du bourg de Vze . Ainsi, midi, nous disposions de deux heures pour faire l’aller et le retour du bourg au hameau du Lac et djeuner avec nos parents. Temps largement suffisant ou trop bref, selon les circonstances.
Imaginez deux enfants de Cours Prparatoire, sur le chemin de l’cole en milieu de journe en plein mois de juin, par une belle journe ensoleille. Ce jour l, ils dgringolent un versant de la montagne, passent la rivire sur le vieux pont de pierres et amorcent la remonte vers le bourg, sur la pente oppose.

Le sentier traverse le Pr Grand pas encore fauch. Les narcisses blancs cœur dor, parsment la grande tendue verte baigne par le soleil. Une ide pleine de bons sentiments traverse un moment l’esprit de Robert : « Si l’on cueillait des fleurs pour la matresse, elle serait contente ! ». Et voil les deux copains gambadant travers la prairie, courant d’une touffe de narcisses l’autre, choisissant la plus belle corolle, la plus longue tige, assemblant les fleurs en une superbe boule blanche tache de jaune, une boule odorante, presque enivrante.

Chaque colier a enfin son bouquet, il l’affine, le retouche, le compare. Mais le temps passe vite. Pour quatre petites jambes de six ans la prairie parat immense. Ils dcident enfin de rejoindre le sentier pour retrouver le chemin de l’cole.

Les deux enfants suivent les chemins creux trangement silencieux. Au bourg, aucune voix, aucun enfant dans la rue qui traverse le village pour rejoindre comme eux la classe. « On va tre en retard », murmure Denis. Soudain, soulagement. A l’approche de la cour de rcration, des cris d’enfants se font entendre. Ouf ! les deux copains sont soulags. Leur matresse, madame Combrouse les accueille sur le pas de la porte du prau avec un large sourire quand ils lui tendent leur bouquet de narcisses.

Ils raliseront un peu plus tard que c’tait dj la rcration du milieu d’aprs-midi. »

Denis Hermet

TEMOIGNAGE
Sortie de classe un soir de mai Vze
Sortie de classe un soir de mai  Vze

Mai 1955. Fin d’une journe printanire.Il est cinq heures, l’cole est finie, les leons notes, les cahiers rangs, les cartables endosss, les lves aligns. C’est l’heure de la sortie. Mais ce jour l, Robert et Denis s’attarderont sur le chemin du retour. Une exprience marquante car l’auteur de ce rcit s’en souvient encore.

"A la fin de la journe, nous gagnions la porte du prau sous l’oeil vigilant de Monsieur Raggain et aprs un « au revoir Monsieur »,les lves s’parpillaient travers le bourg et s’engagaient dans les chemins creux vers leurs villages.

Parfois, au retour de l’cole, nous ramenions les commissions les plus urgentes afin d’viter nos mres un aller retour de notre village du Lac au bourg de Vze. Nous passions alors l’picerie, chez Madame Lhritier ou chez Madame Martin selon les habitudes de la maison, ou la boulangerie chez Monsieur et Madame Jouve.

Ce soir l, je devais ramener de l’eau de javel. Je donnais ma bouteille de limonade vide madame Lhritier, qui la remplit au grand baril rang ct de l’huile et le vinaigre. L’picire referma la bouteille en claquant le bouchon et nota le prix sur son petit carnet. Ma mre paierait dimanche en faisant ses courses. Je rejoignais comme tous les jours mon copain Robert qui m’attendait la porte de l’picerie et nous voil sur le chemin du retour, cartable au dos et bouteille d’eau de Javel sous le bras.

Peu press de rentrer chez nous, car il faisait beau, nous dcidons de nous arrter au ruisseau, aprs le pont de pierre. Nous avions repr des petites poches d’eau claire qui bordaient le cours d’eau et au milieu des touffes d’ajoncs, pullulaient de jeunes ttards. Nos cartables dposs et observons les petits animaux qui « nageouillent » paisiblement, mis en vidence par les derniers rayons de soleil qui scintillent sur l’eau calme.

Tout coup, il nous vint une ide :« Et si nous versions une goutte d’eau de Javel dans l’eau ? Que se passerait-il ? Nous ouvrons avec prcaution la bouteille et versons une goutte du produit d’entretien bien au milieu de la flaque. Et devant nos yeux amuss, Les ttards fuyrent alors en toile autour de la goutte et gagnrent rapidement le bord, frtillant de toute la vitesse de leur queue. Cela nous amusa beaucoup. Nous observions avec attention le mouvement des futures grenouilles sans voir le temps passer. Lorrque nous dcidons de rentrer, levant la tte pour reprendre nos sacs, qui voyons-nous, calmement assis de l’autre ct du ruisseau, madame et monsieur Raggain, nos instituteurs !.

Nous endossons rapidement nos sacs, fermons la bouteille quelque peu entame et reprenons le chemin du village comme si nous n’avions vu personne.

Arriv la maison, ma mre remarqua avec une certaine indignation que l’picire n’a pas bien remplie la bouteille. Je lui expliquais que c’tait la fin du baril. Justification peut-tre inutile, mais qui mes yeux semblait ddouaner l’picire.

Le lendemain, de retour l’cole, nous tions dans nos petits souliers, avec mon copain Robert. Cependant tout paraissait bien se passer : Jeux dans la cour, mise en rang, entre en silence dans la classe, installation. La journe pouvait commencer.

Morale ?
 « Hier soir, j’ai vu deux oiseaux jouer au bord du ruisseau du Lac, quelqu’un d’entre vous les a-t-il aperu ? » lana soudain Monsieur Raggain.
Robert et moi, nous nous regardions. Les deux oiseaux en question on les connaissait bien et a allait chauffer pour notre matricule, autant lever la main tout de suite.
« -A quelle heure tes-vous rentrs chez vous hier soir, nous demanda notre instituteur ? A six heures, rpondons-nous d’une voix une peu tremblante.-H bien ! prvenez vos parents, que ce soir aussi, vous rentrerez six heures ! prcise le matre ». Et de cinq six, aprs avoir prvenu nos parents midi, nous avons fait maints exercices contribuant combler quelques-unes de nos nombreuses lacunes...

La leon de morale n’tait pas toujours une belle phrase calligraphie au tableau et sur le cahier, avec de bonnes intentions, cela pouvait tre une bonne prise de conscience.

Denis Hermet

PEDAGOGIE MARQUANTE
"L’Abeille" petit journal scolaire d’Auriac (1960-1971)

Adepte de la mthode Freinet, monsieur Alphonse Vinati, instituteur l’cole publique d’Auriac-l’Eglise, a mis en pratique durant une bonne dcennie cette pdagogie originale. La plupart des lves ayant bnfici de cette pdagogie conservent « La petite abeille » leur petit journal scolaire tir avec un petit matriel de duplication.

L’cole de la vie dveloppe par la pdagogie Frenet est fonde sur la dcouverte et l’expression libre des enfants : textes libres, dessins libres, correspondance inter-scolaire, imprimerie et journal scolaire... Les enfants d’Auriac-l’Eglise ont expriment la mthode avec bonheur durant les annes 1960-1970. La « petite abeille » fut leur journal. Et il est prcieusement conserv par tous ceux qui en furent les rdacteurs-imprimeurs.

Ce petit journal d’expression libre permettait aussi de montrer aux familles de faon concrte les recherches-enqutes, les dcouvertes, les lectures de leurs enfants. La publication du journal marque encore les esprits des sexagnaires. Plusieurs gnrations de filles et de garons d’Auriac-l’Eglise qui ont bnfici de cette mthode de travail se remmorent encore avec nostalgie cet enseignement qui les a ouvert de faon pratique la connaissance, la nature, la dmocratie et la citoyennet.


vv

VALLEE DE LA SIANNE
Galerie de photos de classes
Galerie de photos de classes

Retrouvez un sicle de photos de classes aux coles des communes de la valle de la Sianne.

A dcouvrir dans le portail photos, rubrique vie scolaire

Des trsors de la vie scolaire dans les communes de la valle de la Siannesont encore dans toutes les maisons. Grce au concours de nombreuses familles de notre territoire nous avons rcolt des photos scolaires de groupe. Ces trsors photographiques pour la premire fois runis offrent une restitution de l’ambiance de l’cole publique qui a habit nos villages durant tout le 20me sicle. La dernire classe dans la valle de la Sianne, Auriac-l’Eglise, a ferm dfinitivement en 2014.

Elves de l’cole du hameau d’Escrouzet (Moldes) en 1902

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Cascades : la magie de l’eau

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